Tout commence en Corse en 1771. La petite Louise Antonini vient de naître. Plus tard, la femme qu’elle devient embrasse un destin hors du commun, bien loin de son île, et sur les 80 années suivantes. Louise, pour une femme de son époque, est tout simplement hors normes : autonome,  insoumise, culottée voire un peu .. barrée, elle s’invente une vie et quelle Vie !

De la petite fille misérable à la corsaire engagée !

Son père, officier indépendantiste corse poussé au maquis, l’habille en garçon pour la première fois au moment où il décide de s’exiler sur le continent pour faciliter leur périple. 

Devenue orpheline, Louise rejoint sa famille maternelle en Bretagne et connaît une vie si misérable qu’elle trouve une échappatoire palpitante : Imprégnée et inspirée des récits de marins qu’elle côtoie au quotidien, elle va bientôt franchir le pas et embarquer à son tour. C’est sous l’identité masculine de Louis Antonini qu’elle ose, sans que personne ne s’aperçoive de rien ! 

Ainsi, de 1790 à 1804, Louise parcourt le monde… d’un naufrage l’empêchant d’accoster à Madagascar, elle repart vers Lorient. Ne pouvant se résoudre à participer aux courses côtières armées commandées par le régime de la Convention, c’est sur un trois mâts, la frégate Cornélie, qu’elle rejoint les Antilles à 21 ans. 

Et cela dure 11 ans pendant lesquels, elle et ses compagnons d’équipage attaquent  les navires marchands anglais, l’adversaire de toujours. Défendre l’empire colonial français demande force et abnégation, Louis(e) est décidément déterminé(e) !

Mais en 1802, depuis Saint-Domingue que les anglais et les espagnols finissent par reprendre, Louise fait retour vers la France. 

Ce qu’elle vit alors dépasse l’entendement. Pour un homme c’est chose abjecte, pour une femme, aussi solide soit-elle, c’est sans aucun doute un calvaire. 

Alors que la traversée de l’atlantique touche à sa fin, l’équipage tombe aux mains d’un “vaisseau trompeur” au large des côtes anglaises. Comme un cheval de Troie version marine, leur frégate est piégée et les hommes …faits prisonniers. 

Ce sont d’atroces conditions qui attendent Louise et ses coéquipiers : la captivité sur les pontons, ou “catacombes flottantes” où l’Angleterre laissait littéralement pourrir ses détenus. 

L’Humidité, la promiscuité, la chaleur suffocante ou le froid glacial dans ces recoins de cales surpeuplées ne sont qu’un moindre mal ! Odeurs fétides, vermine, épidémies, nourriture infecte, Louise survit pourtant dans ce cloaque durant 18 mois. Par chance, elle est échangée contre un “homologue” anglais comme deux mille autres hommes “négociés” entre la France et l’Angleterre à l’époque.

Un engagement sans faille dans l’armée

Elle n’échappe alors pas à une inspection médicale. Son secret est bien sûr découvert et la sanction tombe comme un couperet : Louise ne peut réintégrer la marine, elle doit à nouveau se réinventer. 

Et une femme de cette trampe ne sourcille pas ! fuyait-elle à tout prix une condition féminine avilissante ou rêvait-elle juste d’aventures extraordinaires ? nous ne le saurons pas mais enfin, Louise se fait engager là où c’est encore possible pour… Louis … la 28 ème demi-brigade d’infanterie pour l’armée de Sambre et de Meuse. Hélas, ses supérieurs découvre une nouvelle fois son projet et ne se résignant toujours pas à la vie civile en tant que femme, elle use à nouveau de son identité masculine. A 40 ans, Louis fait partie du 70ème de ligne à Bayonne et grimpe les échelons : il est nommé Caporal puis Sergent ! 

C’est à cause d’une blessure qu’un médecin met à mal une nouvelle fois son secret.

Une Guerrière au foyer !

Louise s’incline, elle ne peut plus tromper personne et sa carrière de “corsaire-fantassin-militaire” s’arrête ici. C’est alors son ancien capitaine, Le Guen, veuf et père de 5 enfants, qui l’engage officiellement comme domestique. On ne connait pas la vraie nature de leur relation mais Louise devient bel et bien femme au foyer. Une “reconversion” pour laquelle elle s’engage : investie dans l’éducation des enfants, elle n’hésite pas à utiliser ses gages pour cela, bref, Louise est une bonne “guerrière adoptive” ! Cela lui vaudra même l’admiration de son ancien colonel qui en parle à de hauts gradés au sein de l’armée .. Louise sans le savoir, assure ses vieux jours. Elle sera aidée par le ministère de la guerre pour sa conduite exemplaire et sans doutes sa loyauté. 

Après la mort du capitaine, elle se retire à l’Hôtel Dieu de Nantes et y meurt plusieurs années après, en 1861 à 90 ans… qui n’aurait pas aimé avoir Louise pour grand-mère et écouter les récits d’une telle aventurière ?!

Un livre extraordinaire écrit par Marie-Eve Sténuit en 2015 et paru aux éditions du Trésor, raconte l’histoire de Louise mais aussi d’autres femmes pirates dans le monde et à des époques différentes : un petit bijou à découvrir si cela vous fait rêver !