Mères “sans maris”, du 16ème au début du 19ème siècle.

Cet article ne raconte pas la vie quotidienne des mères célibataires à cette époque. Il établit une sorte de liste de tout ce que ces femmes, devenues mères contre leur gré, ont enduré. Car encore fallait-il bénéficier du soutien de la société et de l’Etat ! Malgré quelques avancées en deux siècles, des enfants ont grandi, certes, mais sans leurs mères, obligées de faire de terribles choix pour s’en sortir. 

Deux siècles d’intransigeance malgré quelques progrès

C’est en 1556, instituée par l’édit d’Henri II puis confirmée en 1708 par Louis XIV que la déclaration de grossesse est imposée aux “filles-mères” et aux veuves. 

Pourtant, rares étaient celles qui étaient capables de faire cette démarche administrative. En effet, ces femmes de “petite vie”, naïves et vulnérables, issues des classes défavorisées, ne savaient ni lire ni écrire : dans ce contexte, comment comprendre et bénéficier de ce droit élémentaire ? d’autant plus que pour lutter contre ces “crimes prémédités”, Henri II décida qu’au-delà de cette déclaration de grossesse, elles seraient condamnées à mort si l’enfant décédait…

Cette loi représentait pourtant un progrès : le fait de pouvoir nommer officiellement le père et d’obtenir une éventuelle compensation financière pour élever l’enfant était prévu. Mais elle restait un paradoxe dans une société intransigeante, impitoyable dès lors qu’une femme mettait au monde un enfant hors mariage.

 

Des femmes prises en étau…

Charmées par de beau-parleurs dans l’espoir d’une vie meilleure, ces femmes étaient souvent violées par un parent proche ou d’autres individus de toutes les classes sociales : religieux, maîtres, hommes mariés, soldats, paysans, ouvriers … bref, par tous ceux qui, impunément, assouvissaient leurs besoins sans se soucier des conséquences. 

Après des tentatives d’avortement échouées, des accouchements dans des conditions innomables, comment faire pour sauver sa peau et celle de l’enfant quand il apparaissait ? mettre cet “enfant du péché” en nourrice nécessitait des moyens pécuniaires trop importants et imposer une bouche de plus à nourrir à sa propre famille était souvent inenvisageable…

C’est bien pour toutes ces raisons évidentes de précarité que beaucoup en arrivèrent à des gestes extrêmes : abandon ou infanticide, la solution était toute trouvée, non sans douleur, on l’imagine. 

Craignant, c’est légitime, la torture et la mort, elles disaient dans la grande majorité des cas, que l’enfant était mort-né, pariant sur une relaxe parfois accordée.

Certaines osent dénoncer !

Des registres anciens mentionnent tout de même des déclarations visant à punir des hommes peu scrupuleux. 

Comme d’autres en son temps, Toinette,  jeune servante de 21 ans, accompagnée de son père, déclare solennellement devant le tribunal royal, avoir été “abusée sous promesse verbale de mariage” par son employeur. Il l’avait congédiée après un an de service, oubliant bien vite son mensonge de mariage. Toinette a pu mettre ce “lâche séducteur” devant ses responsabilités. 

 

Au 18eme siècle, la législation s’assouplit …

Peu à peu et notamment sous le règne de Louis XVI, les sanctions s’assouplissent. En effet, les juges refusent de condamner des femmes à tort, ce qui équivaut à une présomption d’innocence. 

Cela aura pour effet la relaxe de Anne-Marie Gagneux en 1783 et de Marie Guyot en 1784 pour ne citer que deux exemples (à lire dans cet excellent article de “Plume d’histoire”). Ces femmes étaient pourtant et très certainement passées à l’acte.

 

…Puis Napoléon 1er resserre la vis.

Les rois ne sont plus, remplacés par des Empereurs (!) et c’est sous Napoléon 1er que les règles se durcissent à nouveau. Dès 1810, la peine capitale est à nouveau appliquée pour contrer l’infanticide, puis transformée en travaux forcés à perpétuité pour celles soupçonnées de préméditation… 

L’hôpital des Enfants-Trouvés à Paris, ainsi que des hospices en province,  à l’instar de l’Eglise habituée à recueillir les enfants abandonnés sous son porche, jouent un rôle capital. Ces établissements se sont peu à peu organisés car hélas, la proportion d’enfants à prendre en charge a pris une ampleur considérable. 

Des changements au niveau de la législation sont à venir même si les gouvernements successifs vont “mettre le temps”… c’est ce que nous verrons dans le 3ème volet.