20ème siècle : des politiques natalistes jusqu’aux prémices du féminisme.

C’est en 1912 qu’une loi autorise la recherche judiciaire de la paternité selon 5 conditions strictes. Voici un lien pour en connaître tous les détails.

La condition de celles qu’on nommait “filles-mères”est encore à cette époque peu enviable, à la nuance près que des politiques travaillent concrètement sur la question de l’impunité des pères “séducteurs”. Dans l’absolu, elles ne sont plus seules à avoir “fauté”… 

Si cette loi rappelle celle de la “déclaration de grossesse” vue dans le volet 2, on note cependant une différence majeure entre les deux : il s’agit de rechercher les preuves et l’auteur de “l’infraction” plutôt que de déclarer coupable un individu juste en le désignant !

Après la 1ère guerre mondiale

La mort de centaines de milliers de jeunes hommes a modifié la perception que l’on avait jusqu’alors des femmes élevant seules leurs enfants. Il fallait redonner des enfants à la France, quitte à ce que cela se fasse “hors mariage”…

C’est en 1920,  sous la 3ème République, qu’une politique nataliste prend de l’ampleur. Les hommes légifèrent et luttent de façon redoutable contre la propagande pour la contraception et l’avortement” *. Nous étions encore à des années lumières des mouvements féministes prônant la liberté de choisir !

“Les femmes qui s’excusaient auparavant d’abandonner leur enfant, revendiquent à présent le droit à les garder !” *

De la 2ème guerre mondiale au début des années 70…

les maisons maternelles voient le jour en 1943. Une loi permet à chaque département d’avoir la sienne, cela dans le but de lutter contre l’abandon à la naissance et la mortalité infantile. C’est un obstétricien, le Dr Adolphe Pinard, qui a préconisé d’accueillir toutes les femmes enceintes en difficulté. Elles y accouchent et y séjournent quelques mois le temps de se préparer à affronter leur nouvelle vie. 

A une époque où le mariage est toujours la norme, les premiers divorces apparaissent. Des femmes, des mères, peuvent espérer vivre leur nouveau statut dignement. Rien de comparable avec ce que nous avons vu dans les 2 premiers volets de l’Histoire des mères célibataires, même si l’on ne change pas les mentalités du jour au lendemain !

En outre, la guerre de 39-45 a profondément modifié le paysage social français. On connait le rôle des femmes pendant cette période. en remplaçant les hommes au travail, elles accèdent à de nouvelles “responsabilités”. A l’heure du “Travail, famille, patrie”, instauré par Pétain, elles sont, sans le savoir vraiment, en train de s’élever ! 

Leur émancipation est en marche, défendue par d’illustres intellectuelles de l’époque mais aussi par des hommes de progrès. Elles votent (1944), sont de plus en plus nombreuses à faire des études, travaillent, commencent à divorcer (un droit pourtant depuis… 1792). En outre, elles ont bientôt à leur portée la contraception … de sérieux éléments pour se positionner dans une société encore et toujours sous emprise patriarcale ! 

Quelques dates :

Création de la sécurité sociale en 1945, de l’aide sociale à l’enfance en 1953, puis de la DDASS en 1964. La société s’organise.

Même si les mentalités continuent d’évoluer, notamment à partir de Mai 1968, la population a encore des difficultés à ne pas porter de jugement. Les “filles mères” sont peu à peu requalifiées en “mères célibataires”, mais il faudra encore des années pour que ce nouveau vocabulaire chasse définitivement le premier !

Nous sommes en 1970, le mouvement féministe est publiquement lancé. Il est loin de faire l’unanimité au sein d’une population trop longtemps conditionnée. Des femmes osent toucher aux fondations de la société et luttent contre les préjugés. Voici quelques repères avant et après :

1967 : loi Neuwirth sur la contraception

1970 : naissance du MLF (Mouvement de libération des femmes)

1971 : première manifestation féministe et en faveur de l’avortement

1972 : loi posant l’égalité des enfants légitimes et naturels

1974 : instauration de la majorité à 18 ans

1975 : loi Veil autorisant l’IVG (interruption volontaire de grossesse)

1982 : loi sur l’anonymat et le remboursement de l’IVG

Nos aînées ces Guerrières !

Simone de Beauvoir, Gisèle Halimi, Françoise Giroud, Simone Veil, Elisabeth Badinter pour ne citer que quelques noms célèbres. Ces femmes, par leur puissance intellectuelle se sont battues sans craindre le dénigrement, le jugement.

Elles ont lutté pour notre liberté d’être, de penser et de décider.

C’est grâce à elles si le regard que nous portons aujourd’hui sur les mamans seules est généralement bienveillant et que les plus fragiles ne sont plus systématiquement montrées du doigt et livrées à elles-mêmes.

Dans le dernier volet, il sera question de ces combats menés depuis 1967 jusqu’à nos jours … un basculement, une révolution menée par des femmes, un chapitre passionnant !

* Nadine Lefaucheur, sociologue et historienne.