La charge mentale est devenue implicite dans nos vies et notamment chez les anxieuses, les perfectionnistes et de manière générale chez celles et ceux qui ont à cœur de “contrôler”.

C’est Monique Haicault, sociologue, qui parle dès 1984 de la notion de charge mentale. Elle étudie à l’époque la vie des femmes en milieu ouvrier, “polluées” sur leur lieu de travail par toutes les tâches qu’elles n’arrivent plus à assumer chez elles.

Définition

Supporter une trop lourde charge mentale revient à gérer des choses qui ne sont pas du domaine où l’on se trouve à l’instant T. 

Depuis quelques années, les médias ont tendance à réduire la charge mentale aux tâches domestiques après le travail.

Elles en font partie bien entendu, mais il s’agit plutôt de l’empilement des responsabilités, professionnelles et domestiques auxquelles on doit penser toute la journée. Autrement dit, une superposition permanente de pensées qui parasite notre cerveau et altère notre concentration et par là même, notre efficacité. 

Que disent les neurosciences ?

Une surcharge mentale engendre un conflit interne car elle induit que l’on ne peut plus s’autoriser à faire ce qu’on fait à 100 %.

Cela crée une tension corporelle, les réseaux de notre cerveau étant en compétition les uns avec les autres et sont de fait auto-inhibés, d’où la sensation réelle et fréquente de perte d’énergie. 

Notre cerveau n’est pas multitâches à la base, ou plus exactement n’est pas conçu pour gérer des tâches complexes en même temps. 

Vous avez remarqué comme il est plus difficile de se concentrer sur nos obligations professionnelles pendant le petit créneau horaire d’inscription potentielle au centre aéré pour les marmots cet été (sinon c’est fichu) ?

Les experts appellent cela un conflit cognitif  : basculer d’une situation à une autre en essayant de rester concentrée.

Les femmes en première ligne

On peut s’interroger sur la notion d’injonction familiale et sociale à atteindre la perfection.

Historiquement, les femmes ont toujours été soumises à des stéréotypes de genre, à des rôles sociaux qu’il fallait accepter, endosser, d’abord dans la sphère familiale et sociale. 

Lorsqu’elles ont commencé à travailler, elles ne pouvaient pas pour autant songer à abandonner ces obligations premières.

Les thérapeutes ont vu peu à peu les femmes débarquer en consultation, épuisées d’avoir mis la barre trop haute :

“Elles ont une vraie difficulté à lâcher prise, habituées à faire “comme il faut”, alors que les hommes acceptent plus facilement de laisser tomber ce qui ne leur semble pas prioritaire.

Ils se disent rarement débordés. Les femmes, elles, ont souvent l’envie irrépressible de maîtriser tout ce qu’elles font. Le prix varie, de la fatigue chronique à l’épuisement.” 

Conséquences immédiates

La dispersion de notre attention engendre les erreurs, les oublis et par la suite une certaine et relative dépréciation de nous-mêmes.

Chacune réagira à sa façon : nous faire entendre calmement ou “péter un plomb”, nous sommes bien obligées à un moment d’exprimer !

Mieux se connaître et comprendre les mécanismes de nos réactions est essentiel pour aborder plus sereinement la phase de réorganisation.

Quelques conseils pour relâcher la pression

A l’ère du smartphone tout puissant qui nous bombarde quotidiennement de notifications, messages, rappels et autres mails, prenons un peu de recul. Certes il nous simplifie la vie pour x tâches, mais le mettre de côté ou le paramétrer pour maintenir une bonne concentration est indispensable au bon fonctionnement de notre cerveau !

Les fameuses to do list ne doivent pas excéder 5 items sous peine de surcharger le cerveau davantage et de générer la déception de ne pas avoir tout fait ! nos priorités absolues dans une journée ne sont pas si nombreuses qu’on le croit. Nous pouvons faire le tri, acquérir de nouveaux réflexes “d’hygiène mentale”, et faire retomber la pression.

Cela est d’autant plus important pour les personnes seules ayant en charge d’autres personnes (gérer des parents ou personnes malades) et pour les mamans seules, les risques de burn-out étant accrus.

 

L’idéal ?

C’est de trouver une activité dans laquelle on s’éclate, le hobie génial grâce auquel on ne pense à rien d’autre, mais encore faut-il pouvoir se l’autoriser en décidant de ne pas faire tout ce que l’on avait prévu … facile à dire, je sais !

Source : podcast de l’émission “la tête au carré” sur France Inter, diffusée en 2018. 

Intervenants : Sébastien Bolher (Journaliste), Aurélia Schneider (Psychiatre), Jean-Philippe Lachaux (Directeur de recherche Inserm au Centre de recherche en neurosciences de Lyon).